14 août 2009
Les penseurs et le sexe
Marianne d'août 2009
Série cul chez Marianne pour l'été. En 7 rubriques, comme les nains. Changeons donc de main et tournons la p(l)age avec :
Keynes, l'économie dans le boudoir, par Alexis Lacroix
"Jeune, l'économiste britannique cultive sa singularité homosexuelle avec ardeur. Puis, adulte, il devient un mari passionné."
Marx, les fidélités d'un épicurien, par Christian Godin
"Pour le philosophe révolutionnaire, il y a d'un côté l'amour et sa femme adorée, de l'autre l'impérieux besoin des sens. Un programme très fleur bleue."
Madame de Staël, les passions épistolaires, par Olivier Maison
"Cet esprit libre écrivit pour aimer et aima pour écrire. Car la passion, pour Mme de Staël, s'écrit autant qu'elle se vit. Sa seule vraie jouissance : l'écriture."
Diderot, le philosophe indiscret, par Philippe Petit
"Pour le philosophe des Lumières, raison et libido sont indissociables. Pas question d'ignorer ses désirs ni ses passions. Parce qu'ils font les "arts de génie"."
Marguerite de Navarre, la mystique sensuelle, par Alexis Lacroix
"Cette reine-poétesse qui inaugure la Renaissance a cultivé la jouissance des sens tout en brûlant d'une ferveur sacrée."
Abélard, puni par où il a péché, par Natacha Polony
"Le principal penseur du XIIe siècle, pris de passion charnelle pour Héloïse, fut castré par la famille de sa jeune élève. Et épousa le dogme."
Socrate et les garçons derrière la porte close, par Jean-François Pradeau
"Ennemi de la débauche, le philosophe athénien ne fuyait pourtant ni la chair ni les amours homosexuelles. Mais il les préférait... tempérées."
17 décembre 2008
Le nouvel angélisme
Marianne du 13 au 19 décembre 2008
Dans Marianne, Patrice Bollon revient sur un courant de la philosophie morale et politique né aux Etats-Unis, le care, à propos de la réédition en français de l'ouvrage fondateur de Carol Gilligan : "Une voix différente", originellement publié en 1982 . Voici donc une autre manière de fonder la morale, non sur des grands principes, mais sur la question pratique de savoir comment faire en sorte que, dans une situation donnée, les relations humaines soient préservées."Les garçons jugent en fonction d'une loi abstraite ce qui est bien et ce qui ne l'est pas ; les filles ont plus souples, ou plus confuses. Elles évaluent les choses en fonction des situations. Elles ne réfèrent pas le bien à une norme idéale ; elles cherchent à sauvegarder dans leur vie morale les relations qu'elles tissent avec les autres." A un moment où la précarité gagne du terrain, il n'est pas indifférent que ce mouvement largement négligé dans le champ éditorial français, trouve sa place, au même titre que les réflexions sur le genre.
Sur le sujet, on peut consulter l'article de Clémence Bosselut (publié par la revue Archives de sciences sociales des religions) consacré à un compte-rendu de : Le souci des autres. Éthique et politique du care, recueil d'études qui "ont pour objectifs de faire valoir la fécondité et la richesse des problématiques engendrées par la réflexion sur ce concept, de comprendre l'origine de l'indifférence voire des réticences qu'il provoque souvent et enfin de prendre la mesure de l'importance du care pour la vie humaine."
24 novembre 2008
Günther Anders, le penseur de la bombe
Marianne n° 605, du 22 au 28 novembre 2008
Christian Godin rend compte d'Hiroshima est partout de Günther Anders, publié aux éditions du Seuil avec une préface de Jean-Pierre Dupuy. Ce livre, plaidoyer contre la bombe atomique, regroupe trois textes, "L'homme sur le pont", journal écrit lors d'une visite à Hiroshima en août 1958 - "Hors-limite", recueil des lettres échangées entre Günther Anders et le pilote de l'avion de reconnaissance qui informa le B29 porteur de la bombe que les conditions météo étaient optimales (Claude Eatherly, qui refusa son statut de héros national et fut interné) - "Discours sur les trois guerres mondiales",de 1964. Comme le souligne Christian Godin : l'expression "Hiroshima est partout" signifie que ces deux explosions atomiques du 6 et du 9 août 1945 "ne sont pas des événements qui ont eu lieu une seule fois, et une fois pour toutes. Ce sont des lignes de forces malignes qui désormais font le destin de la planète et de l'humanité. Rien, désormais, ne sera plus "comme avant" : nous vivons le temps de la fin, même si nous sommes incapables de savoir quelle durée ce temps pourra avoir, même si nous pouvons espérer encore qu'elle soit la plus longue possible. Le pire n'appartient pas seulement au passé, à titre d'événement, ou à l'avenir, comme menace ; il loge dans notre présent, chaque jour..."
Deux revues ont consacré des numéros hors-série à Günther Anders : Tumultes n° 28-29 d'octobre 2007 et Austriaca n° 35 de décembre 1992
11 août 2008
Sept familles intellectuelles
Marianne de juillet à août, n° 585 à 592
Pour l'été, l'hebdomadaire Marianne nous propose de jouer au jeu des 7 familles... intellectuelles : "pendant tout l'été, Marianne ausculte les différents styles de pensée. Soudés par leur désir de transmission et une préoccupation commune : lire et interpréter notre monde, les membres de nos familles ont tous bousculé les règles du jeu."
(semaine du 23 au 30 août)
8/8 : La famille hérétique, par Christian Godin et Philippe Petit: "Ils font l'objet des détestations les plus farouches parmi les intellectuels. Ce qui les caractérise : leur liberté d'esprit et leur exigence morale. Désabusés, ils dénoncent un monde absurde, dans lequel l'homme moderne est perdu."
(semaine du 16 au 22 août)
7/8 : La famille socialo-libertarienne, par Patrice Bollon : "Solidarité et défense des libertés individuelles sont-elles compatibles ? Où l'on s'aperçoit que la frontière entre "progressisme" et "réaction" est parfois ténue."
(semaine du 9 au 15 août)
6/8 : La famille freudo-catholique, par Alexis Lacroix : "Depuis qu'ils ont symboliquement tué le grand Sigmund, leur père à tous, les freudo-catholiques en sont à leur troisième génération. Chaque fois moins freudienne et toujours plus catho..."
(semaine du 2 au 8 août)
5/8 : La famille radicale, par Patrice Bollon : "Elle milite pour une transformation profonde de la société. Une fratrie, entre radicalité politique et réexamen métaphysique de notre pensée, à la recherche d'un universalisme qui ne brime pas les individualités."
(semaine du 26 juillet au 1er août)
4/8 : La famille humaniste, par Alexis Lacroix : "Elle vient de la Renaissance et se réclame notamment de Montaigne. C'est une disposition d'esprit plus qu'un dogme, qui répond aux défis du temps par une foi intentamée en l'humain et ses créations."
(semaine du 19 au 25 juillet)
3/8 : La famille Matrix, par Patrice Bollon : "Cette fratrie recomposée est la plus moderne de notre jeu estival. Elle se concentre sur les mutations technologiques de notre monde. Une famille très critique, mais aussi la plus optimiste de toutes."
(semaine du 12 au 18 juillet)
2/8 : La famille identitariste, par Natacha Polony : "Y a-t-il des identités féminine, gay, française ? Leurs démarches sont-elles intellectuellement si différentes ? Sont-elles communautaristes ? Réponses avec Maurice Barrès, Claude Lévi-Strauss, Sylviane Agacinski, Tariq Ramadan..."
(semaine du 5 au 11 juillet)
1/8 : Ni réseau, ni clan, ni école : sept familles intellectuelles pour se bouger la tête, par Philippe Petit
05 février 2008
Daniel Bensaïd, le trotskiste inoxydable
Marianne, du 2 au 8 février 2008
Portrait de Daniel Bensaïd, par Alexis Lacroix : un agitateur politique en philosophie ? : "Il se trouve, plaide-t-il, que j'appartiens, depuis le milieu des années 60, à une tradition politique qui n'a jamais cherché à se doter d'une orthodoxie idéologique ou philosophique. Par ailleurs, j'ai toujours revendiqué mon militantisme, y compris partisan, comme un principe de réalité, de responsabilité et d'humilité, consistant à ne pas croire qu'il y a une vérité philosophique comme en surplomb des pratiques sociales."
Daniel Bensaïd vient de publier Eloge de la politique profane et Un nouveau théologien : B.-H. Levy
Quelques liens :
Un entretien avec François Armanet publié dans le Nouvel Observateur du 24 janvier 2008, dont voici un extrait :
"Quand l’horizon historique s’assombrit et quand la politique est à la baisse, les fois et les croyances sont à la hausse. Sarkozy célèbre au Vatican « les racines chrétiennes » de la France et de l’Europe. En ajoutant qu’ « un homme qui croit est un homme qui espère » (sic), il insinue que les mécréants que nous sommes devraient être nécessairement désespérés ! Quand Bush parle de croisade et de guerre sainte, quand il prétend défendre le Bien absolu contre le Malin, son ennemi est banni du genre humain, réduit à l’animalité. Guantanamo, Abou Ghraïb, l’officialisation de la torture ne sont plus alors de simples bavures. C’est pourquoi les catégories de classes et de peuples, opposées celles de masses anomiques réduites au pain sec et au jeux télévisés, demeurent les catégories indispensables à une politique profane."
Et un débat sur France 3 réunissant Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Daniel Bensaid, Yvon Quiniou, consultable en ligne.
17 décembre 2007
La biologisation de la société est en marche...
Marianne du 15 au 21 décembre 2007
Dans un article publié par le magazine Marianne, Christian Godin s'interroge sur la notion de "biopouvoir" introduite par Michel Foucault. "Marchandisation de l'existence" d'un côté, "biologisation de la société" de l'autre, la machine à exclure est en marche. Pour Christian Godin, le danger du biopouvoir est qu'il s'exerce "sur fond de négation du conflit" : la norme s'impose sans être imposée. Mais il constate aussi en conclusion : "la technologisation du corps humain actuellement observable est une tendance lourde et elle va en sens inverse de sa biologisation... Si bien qu'il n'est pas du tout certain que la biologie soit notre destin terminal. Les techniques d'identification par les tests ADN pourraient faire croire à la fixation définitive des individus dans une fatalité génétique, donc "naturelle". Mais, avec l'espoir - qui n'est plus si insensé - des manipulations génétiques, ce mur du naturel est lui aussi destiné à s'écrouler...", ce qui ouvre la voie à de nouvelles formes d'inégalité.
Derniers ouvrages parus en 2007
24 octobre 2007
Le management, c'est la guerre !
Marianne du 20 au 26 octobre 2007

Pierre Legendre, historien du droit, anthropologue et psychanalyste, , est l"auteur, en collaboration avec Gérald Caillat et Pierre-Olivier Bardet, du DVD "Dominium mundi" sous-titré "L'empire du management". Philippe Petit, dans l'hebdomadaire Marianne du 20 au 26 octobre, en souligne l'originalité : "Film-réflexion sur l'Occident mondialisateur", ce documentaire est conçu comme un "exercice de pensée", réalisé par une "équipe de pensée". "La caractéristique de la démence sociale, selon Legendre, est de nier la dimension du temps, la succession des générations, le principe généalogique, elle consiste à faire "croire" que l'évangile de l'efficacité est une entière nouveauté et n'obéit à aucun sédiment "religieux".
"Désormais appliqué au business, le mot" management "est devenu une doctrine, une propagande, la boîte à idées de la nouvelle mondialisation. Le management est un "empire mou", c'est sa force, avec des airs de "dictature sans dictateur" dont les mots d'ordre forgés par l'Occident ("organiser, coordonner, commander, contrôler") se sont emparés de la planète entière. Ce monde que le christianisme avait rêvé de conquérir, le voici entièrement soumis aux dogmes de l'efficacité gestionnaire et à ses liturgies - la communication et le spectacle." in Arte.Tv
Déjà paru du même auteur et du même réalisateur, le DVD "La Fabrique de l'homme occidental" visitait en six séquences les quatre grandes institutions fondatrices des sociétés occidentales d'aujourd'hui : Religion, Justice, Pouvoir, Education ainis que deux lieux d'élaboration de la parole "vraie" : le discours du management, le discours scientifique.
02 octobre 2007
"Sortir de l'ultralibéralisme, c'est possible !"
Marianne du 29,septembre au 5 octobre 2007
Philippe Petit nous présente le nouvel essai publié par Dany-Robert Dufour, "Le divin marché : la révolution culturelle libérale"."Si l'économiste tempère, mondialisation oblige, si l'historien observe les changements dans le rapport à la religion, si le grammairien prend en compte les nouveaux usages langagiers, si le sociologue ceci et le politologue cela, etc..., le philosophe, lui, c'est son rôle, tente de penser comment s'articulent ces niveaux de rationalité afin de mieux cerner les progrès ou les défaillances de l'esprit critique, voire de l'autonomie individuelle... Critique et clinicien, il pratique une sorte de psychopathologie du lien social."
Entretien avec Bernard Stiegler
Marianne du 29 septembre au 5 octobre 2007
"Qu'on le veuille ou non, Sarkozy incarne l'époque" : telle est la phrase liminaire de cet entretien avec Bernard Stiegler dans Marianne. "Je combats ses idées, mais je pense qu'il serait stupide de lui dénier une force politique originale." S'ensuit une critique de la culture du résultat qui, sur le long terme, peut "créer des catastrophes", et des médias, ces destructeurs d'attention qui concurrencent l'école dans un déséquilibre des moyens absolu . "Aujourd'hui, nous sommes confrontés non pas à un vieux pouvoir disciplinaire et régi par l'Etat, ce que Foucault appelait le biopouvoir, mais à un psychopouvoir qui est celui du marketing".
08 septembre 2007
Bêtes et hommes : la fin de l'exception humaine ?
Marianne du 8 au 14 septembre 2007

Réchauffement climatique, menaces sur la biodiversité, l'animal, manière de dire toutes les espèces, ce prochain de bien des lointains, nous préoccupe. Conséquence de la domestication ? Bientôt, nous ne verrons plus que des animaux clonés, réservoirs pour s'alimenter, se tenir compagnie, se distraire. Le surgelé, le doudou, le parc d'attractions. Et l'homme dans tout ça ? Une exposition et des livres nous donnent à réfléchir sur nos présupposés,et à nous redonner de l'avenir, peut-être : "La fin de l'exception humaine ne signe pas la mort de l'homme : elle prélude peut-être, au contraire, à l'une de ses plus grandes renaissances."
Exposition à la Grande Halle de la Villette, du 12 septembre 2007 au 20 janvier 2008
Le blog de l'expo
Le catalogue de l'expo
Un numéro hors-série de Télérama
Lectures
Le classique : Mondes animaux et monde humain par Jacob Von Uexküll
Extrait de l'article de Patrice Bollon dans Marianne : "Si nous avons du mal à comprendre le comportement de certains animaux, si nous interprétons même parfois ce comportement comme idiot ou insensé, c'est parce qu'il ne prend sa signification que par rapport à leur monde environnant, leur Umwelt, lequel, s'il partage bien des traits avec lui, n'est pas non plus entièrement le nôtre."
Tous les ouvrages de Dominique Lestel, philosophe et éthologue. (Voir cet article en ligne sur "Les origines animales de la culture")
Et l'homme créa l'animal par Eric Baratay
L'auteur, historien et spécialiste de l'animal, met en perspective la condition animale telle que nous la connaissons aujourd'hui. De l'histoire de la domestication à l'usage de l'animal familier, d'opinion philosophique en lieu commun, il fait l'inventaire des considérations plutôt fantaisistes que notre colocation de la planète a engendré, entre familiarité embarrassée et rupture complice.
Vulgarisation
Les frontières de l'humain d'Henri Atlan, Frans B. M. de Waal. "La vie a changé de statut. Les dernières découvertes établissent une continuité graduelle entre le non-vivant et le vivant. De la même manière, les récents travaux en éthologie brouillent la frontière entre l'humain et le non-humain..."
Pour terminer, signalons la perspective des chimères homme-animal, indignant déjà les ligues de vertu et autres fanatiques de la morale, les mêmes qui voudraient voir l'homme érigé en seigneur et maître d'une nature faite à son image, pour son usage. Ces chimères dont on aimerait à penser que la possibilité de leur existence soit le manifeste d'une réconciliation, qui nous ferait oublier que s'il y a une vie sur des planètes lointaines, ce n'est pas aux dépens de celle qui est à nos côtés, de la nôtre, qu'il faut aller la chercher. " Se pensant seul vrai vivant sur terre, l'homme dialogue depuis longtemps avec les esprits célestes. Il dépense maintenant des sommes astronomiques pour envoyer des messages, guetter des signes, découvrir sur des planètes arides ou des galaxies lointaines la trace d'une "vie" qu'il espère de son rang. Quel rictus fera-t-il s'il découvre là-haut un dodo, le même que celui massacré au XVIIIe siècle, ou un Arvicola terrestris qu'il ne regarde pas souvent à ses pieds ?" (Eric Baratay in Et l'homme créa l'animal)


