22 octobre 2009
Ebookz et Philosophiez
Le Motif : Observatoire du livre et de l'écrit en Ile-de-France, octobre 2009
A l'heure des évaluations en tout genre et de la précession des désirs (qui lit quoi, alors, je le veux bien), voici une enquête consacrée au piratage des livres, analyse fournie par la société Ebookz, dont le Motif a rendu publics les résultats. La pulsion communautaire à elle seule justifie-elle le travail fastidieux de la numérisation des livres ? Immédiateté, accessibilité, gratuité, la scène Warez connaît la musique et sait aussi faire son cinéma. Mais le livre, cette marchandise ô combien symbolique, peut-il y avoir sa place, à l'ombre des Google et autres marchands ? Que retenir de cette offre illégale de livres ? Et quels sont les auteurs les plus piratés ? L'enquête nous révèle que 25% des piratés sont des philosophes (Jean-Paul Sartre (6), Albert Camus (5), Michel Foucault (4), Paul Ricœur (3) et le plus "désiré" Gilles Deleuze (13). Quant aux pirates, nous ne savons pas s'ils en sont. (des philosophes) Reste que si l'exercice de la philosophie a un coût, non quantifiable numériquement parlant, la gratuité de sa mise à disposition ne peut que contribuer à en vérifier la valeur.
Résultats de l'étude :
Ebookz ? : étude sur l’offre numérique illégale des livres français sur Internet en 2009 par Mathias Daval
Synthèse et conclusion
04 octobre 2007
Comment être encore de gauche ?
Le Nouvel Observateur du 4 au 10 octobre 2007

Extraits du BHL nouveau "Ce grand cadavre à la renverse" publié chez Grasset, et réactions de sept "personnalités" qui "ont lu son livre en avant-première et disent leur vision de la gauche aujourd'hui" : "les clivages ont encore un sens" : dialogue entre Alain Finkielkraut et Bernard-Henry Lévy et "pour ou contre BHL ?" par Michel Onfray, Vincent Peillon, Alexandre Adler, Caroline Fourest, Serge Klarsfeld, Olivier Besancenot, Alain Badiou.
Débats ou ébats ? D'un coup de D n'abolissons pas le bazar ! L'expression "ce grand cadavre à la renverse" est extraite de la préface de Sartre à l'Aden Arabie de Nizan. Derrière ce jugement peu amène, BHL, autodéclaré "de gauche par tropisme et presque par atavisme" fait dans ce livre le point sur ce que la gauche est devenue. Selon BHL, la "nouvelle philosophie" avait su dénoncer quatre lignes de force qui sont comme les "nombres premiers" du délire totalitaire de la gauche : "l'Absolu. Ou le Bien", "l'Histoire... où chemine, tâtonne et advient l'Absolu", "la dialectique" : "une annonciation, donc. Une promesse.", "le Mal" et l'idée "selon laquelle le Mal n'existe pas..." La décrépitude de la gauche d'aujourd'hui est le terreau de ce "délire totalitaire" version 2, laissant libre cours à "l'idélogie française". Voici la gauche de droite : "une gauche oxymore, une gauche qui donne le tournis - une gauche qui, si les mots ont un sens est parfois plus à droite que ne l'est la droite elle-même." S'ensuit la "critique de la raison néoprogressiste" dans laquelle BHL peut règler ses comptes (contes ?) avec Baudrillard, Badiou, Bourdieu : procès en antilibéralisme, en antiaméricanisme, en antisémitisme etc... Déjà, les "nouveaux philosophes" en leur temps s'étaient exercés à rendre la plus confuse possible l'opposition gauche/droite, le ralliement de BHL à Royal en est le dernier avatar.
Comme le rappelle opportunément Badiou, reprenant Zizek : "ce qu'on n'avait pas compris, lorsqu'on a mis en scène l'opposition du stalinisme et de la démocratie parlementaire, c'est que le stalinisme était l'avenir de la démocratie parlementaire. Nous y venons, lentement, tortueusement."
En résumé, un livre guère plus pertinent que l'image du Che sur le t-shirt de Sarkozy : juste du commerce, un commerce d'idées...
Comprenons plutôt ceci, toujours Zizek : "Pour ma part je n’ai ni programme, ni projet, ni « solution » simple. La gauche a sa propre responsabilité. Comme philosophe, mon devoir éthico-politique n’est pas de donner des réponses, mais de reformuler des questions mystifiées" Et aussi, dans le même article : "Voilà le futur : non pas une dictature directe, mais un changement de règles où l’état d’exception va coïncider avec l’état normal. Parallèlement à cela, la moindre intervention forte dans l’économie est désormais perçue comme irrationnelle, catastrophique. Il y a comme un pacte selon lequel l’économie aurait ses propres règles dépolitisées, le débat « démocratique » se limitant finalement aux questions culturelles. La tragédie réside précisément dans cette dépolitisation radicale de l’économie, conjuguée au glissement vers un état d’exception permanent."
Dans ce même numéro du Nouvel Observateur, quelques extraits d'une correspondance inédite, à paraître aux éditions du Seuil, de Heidegger à sa femme Elfride (1915-1970). "Heidegger et sa femme, les Sartre et Beauvoir de la Forêt Noire ?" nous dit Aude Ancelin.
19 septembre 2007
La pensée internet
Sciences Humaines d'octobre 2007, n° 186
La production et la diffusion du savoir se sont vues complètement bouleversées en l'espace de vingt ans. Révolution mentale ? Le magazine Sciences Humaines pose la question de l'émergence d'une civilisation numérique : "Un monde proliférant où se côtoient des blogs personnels et des journaux en ligne, des encyclopédies et des sites touristiques, des archives scientifiques et des brûlots idéologiques, du sexe et de la philosophie, des débats citoyens et des airs de musique, des séquences vidéo et des manuscrits anciens, les oeuvres d'Aristote et les photos de famille..." Nouvelle démocratie cognitive, ou consentement à une culture de l'imitation et du contrôle ? Cette organisation des connaissances entraîne des modes de validation qui brouillent la frontière du vrai et du faux. Les univers virtuels enlèvent toute pertinence aux notions d'espace et de temps qui déterminent nos corps en vérité. Dès lors, quel sens donner à l'apprentissage si des prothèses numériques éprouvent le monde à notre place ? 120 000 nouveaux blogs chaque jour (37% en japonais), 2 millions d'articles publiés dans Wikipedia, 8 milliards de pages indexées dans Google, le dossier de Sciences Humaines s'interroge aussi sur le développement du web 2.0 : "dans le web classique, chaque site est comme une ville faite de petites maisons, construite par son propriétaire et reliés par des canaux de circulation. Le Web 2.0 apporte une nouvelle idée : la construction en commun de bâtiments fabriqués avec des briques et les matériaux apportés par chacun." Comme le signale l'introduction du dossier de Sciences Humaines, "Internet et le Web ont déjà commencé à changer notre façon de lire, de chercher, de se documenter, d'enseigner. De penser peut-être ? L'enquête ne fait que commencer..."
14 septembre 2007
Peut-on critiquer le capitalisme ?
Politis du jeudi 13 septembre 2007
Le Nouvel Observateur est pris en flagrant délit de lissage idéologique... L'hebdomadaire peopolitique prépare à l'automne 2006 un hors-série consacré aux "paradoxes du capitalisme". Ce hors-série, d'articles tronqués en articles rejetés, deviendra "Comprendre le capitalisme" publié en mai-juin 2007, largement consensuel pour raison électorale. Politis revient sur cette "affaire" et publie des extraits des articles censurés, "non conformes à la charte social-démocrate du journal", en attendant un livre à paraître en novembre aux éditions La Dispute...
10 septembre 2007
Le livre dans tous ses états
Deux initiatives remarquables qui vont faire parler les livres : Bibliobs, et Non fiction prévu pour octobre. Bibliobs se présente comme le "premier portail consacré à l'actualité littéraire" : "Ce nouvel espace consacré à tous les livres se veut un lieu de rencontre entre passionnés, professionnels, écrivains ; un lieu de débats avec les journalistes, les invités et les internautes, un lieu vivant où tous les points de vue auront leur place. On y trouvera de quoi lire, réfléchir, discuter, s'énerver..."
06 septembre 2007
Coupe du monde : les aléas du rebond
Grand nettoyage à Paris. Les pauvres sont priés d'aller voir ailleurs.
Le rugby est vraiment un sport de mouvement ! Et même la philosophie s'y met, pour que ça tourne ovale.
Plaquez-vous les uns les autres...
Transformation !
Le blog d'une fan, Catherine Kintzler et un livre de Thierry Tahon
10 mai 2007
Philosophe en blog
Et si Michel Onfray était un philosophe ? Blog à part, l'essentiel est d'occuper le terrain, et de Bové en passant par Besancenot, aujourd'hui le PC (la nouvelle gauche !) de fourguer ses espérances (moi, je vote pour x, c'est le plus libertaire) et de figurer (moi, je suis le philosophe qui prend part à la vie de la cité). Bonne pioche, un futur élu lui offre naïvement (bêtement ?) sur un plateau une polémique qui fait tache. (Inné or not inné) Alors, mon Socrate de donner ses leçons de connaissance de soi. Aujourd'hui, Calliclès ("dis-moi, Ségolène, Michel dit il cela sérieusement, ou plaisante-t-il ?" Gorgias) est au pouvoir et le philosophe ferme son blog, avec la parenthèse démocratique, mais pas son bec, puisqu'il nous annonce triomphalement qu'il sera publié à la rentrée, recyclé au commerce des idées. On se marre de tant de fatuité. Et si Sarkozy avait été élu ?