06 novembre 2009
La philosophie en son histoire même
Page de novembre 2009
Valérie Wosinski interroge Jean-François Pradeau à propos de l'Histoire de la philosophie parue au Seuil, dont il a dirigé la publication : "Il me semblait important qu'une histoire de la philosophie puisse accorder une place importante à l'histoire des idées, sans se contenter de chapitres consacrés aux principaux auteurs. La philosophie a une histoire et un contexte, et il est important que le lecteur découvre les grands débats, politiques, scientifiques ou religieux, au sein desquels les philosophes ont fait entendre leur voix..." Avec près de la moitié de contributeurs étrangers, cette histoire synthétique fait le choix délibéré de la philosophie occidentale ("je ne crois pas du tout pour ma part que l'on puisse parler de philosophie chinoise ou indienne, ou bien au prix d'approximations qui ne permettent finalement plus de comprendre ce qu'est la philosophie."
Badiou : une certaine idée de l'amour
Le Point du 5 novembre 2009

A l'occasion de la parution du livre réalisé avec Nicolas Truong, Eloge de l'amour, Elisabeth Lévy interroge Alain Badiou dans Le Point : "Il faut être dans l'élément de l'amour, savoir ce qu'est l'amour pour éprouver l'amour de la vérité. En déployant cette idée, je postule que quatre expériences fondamentales de la vie humaine sont les conditions de la philosophie : la science, les arts, la politique évidemment, et enfin l'amour, qui n'est donc pas une excursion loin de mes terres..." Cet entretien est consultable en ligne sur le blog "Tout sur la Chine". Par ailleurs, les éditions Flammarion ont publié une version audio du livre, sous le même titre, dans la collection "Le livre lu."
Voir aussi :
L'article d'Aude Lancelin dans Le Nouvel Observateur, ainsi que celui d'Eric Aeschimann consacré à la conférence donnée au Théâtre des idées le 14 juillet 2008, qui est à l'origine de ce livre.
L'émission du lundi 2 novembre de Frédéric Taddeï, Ce soir ou jamais, consacrée au thème "Faut-il réinventer l'amour" avec Alain Badiou et Sylvie Testud.
05 décembre 2008
L'Homme, un animal comme les autres ?
Le Point n° 1890, du 4 décembre 2008
Suite à la parution du dossier du Débat, qui se proposait de faire réagir des philosophes aux analyses de Jean-Marie Schaeffer dans "La fin de l'exception humaine", l'hebdomadaire Le Point publie un entretien avec ce dernier, dans lequel il revient sur ce que signifie pour lui l'expression "impérialisme humain" : "le sentiment de toute puissance qui caractérise nos relations avec le monde non humain va de pair avec le mimétisme conflictuel qui régit les relations des êtres humains entre eux..." Il note aussi ce qui le différencie de son principal contradicteur, Jean-Luc Marion : "la différence fondamentale entre nous tient au statut que nous accordons aux autres savoirs... Pour ma part, je pense qu'une philosophie vivante doit être en dialogue avec les autres savoirs humains. Dans la conception de Marion, la philosophie a ses propres questions et ses propres outils pour y répondre. Résultat : c'est un dialogue de sourds dans la mesure où j'apporte des connaissances qui, de son point de vue, sont disqualifiées d'avance..."
04 décembre 2008
"J'essaie d'éviter la position de celui qui conseille"
Les Inrockuptibles n° 679, du 2 décembre 2008
A l'occasion de la publication du "Spectateur émancipé", Les Inrockuptibles proposent un entretien avec Jacques Rancière dans lequel, entre politique et esthétique, il dénonce les discours catastrophistes et les grandes téléologies de l'histoire qui n'apportent rien : "j'ai essayé de penser les choses dans les termes de distribution du sensible, ça veut dire de répartition entre des pratiques, des modes de perception, des régimes d'interprétation, et où tout ça se déplace selon des lignes qui ne correspondent pas à cette téléologie historique rigide..." Au gré des questions, il définit son attitude face aux médias, la manière dont il a perçu l'élection d'Obama, ainsi que sa réaction aux questions d'actualité en France, telles que le congrès du Ps, le sort réservé aux banlieues... "Le discours républicain sur l'école, sur la question du voile, sur ce qui s'est passé dans les banlieues, s'est tellement affiché comme un discours ouvertement raciste, qu'il ne semble pas qu'il puisse y avoir beaucoup de confusion possible entre le discours de l'émancipation intellectuelle et le discours républicain de l'égalité des chances."
27 novembre 2008
"Montaigne est le seul dont j'écoute les conseils"
Le Magazine littéraire n° 481 de décembre 2008
Le philosophe corrézien Marcel Conche, qui vient de publier le troisième tome de son journal (Journal étrange, T.3, Noms), confie au Magazine littéraire, dans la rubrique "Grand entretien", l'importance de l'oeuvre de Montaigne dans sa vocation philosophique ("Oui, je me suis rencontré en Montaigne, puisque je garde en moi ce regard sceptique ou critique à l'égard des auteurs que je lis ou que j'analyse..."), sa manière de poser les questions de la métaphysique ("Finalement, la science ne concerne que l'objet, c'est-à-dire le monde objectif des phénomènes, mais ne concerne pas les choses elles-mêmes dans leur vérité..."), du bonheur et de l'éthique. Il évoque quelques figures comme Jean Wahl ou Sartre, et résume son parcours. "La prétendue providence avait fait mourir ma mère à ma naissance, et j'avais besoin d'une explication. Pourquoi n'ai-je pas connu ma mère ? Je voulais que Dieu me le dise et me l'explique. Toute ma vie a été marquée par ce manque..."
06 novembre 2008
"La crise accentue le fossé..."
Enjeux de novembre 2008
"La crise accentue le fossé entre des politiques encore locales et le marché devenu mondial" nous dit Zygmunt Bauman, dans un entretien publié par la revue Enjeux."Ce que j'appelle la liquéfaction de nos sociétés résulte largement de l'absence de mécanismes efficaces pour ralentir le flot toujours plus rapide de la mondialisation et le canaliser sur une trajectoire plus prévisible et donc moins périlleuse ; autrement dit, pour encadrer le divorce entre les pouvoirs désormais globaux et la politique qui elle, aujourd'hui comme hier, demeure locale. Les sources de cette liquéfaction sont hors de portée des instruments dont disposent les gouvernements nationaux, aussi puissants soient-ils."
Dernier livre publié : S'acheter une vie aux éditions Jacqueline Chambon
17 octobre 2008
L'état contre les nouveaux féodaux
Le Point du 16 octobre 2008
La crise semble inspirer les philosophes. Après Zizek, voici Sloterdijk qui est interrogé par Elisabeth Lévy dans l'hebdomadaire Le Point. La crise risque-t-elle d'"engendrer un capitalisme d'Etat global et autoritaire" ? En serait-ce fini de l'illusoire espoir d'une sortie de l'histoire par le capitalisme ? Sloterdijk montre que la crise révéle l'"identité crypto-socialiste" des états qui, par le fisc, détiennent le "meilleur livret d'épargne du monde". Constat : "nous avons assisté à la reféodalisation accélérée de la société mondiale... " Prédiction : " On peut parfaitement imaginer que, à l'image de ce qui s'est passé au XVIIIe siècle, les Etats s'allient avec les peuples historiques contre les insolences de la nouvelle aristocratie pour lancer un New Deal planétaire semi-socialiste. On assistera alors à la naissance d'un capitalisme d'Etat autoritaire global qui établira sa domination sur les restes des peuples historiques..." A lire en ligne sur le site de la revue
14 octobre 2008
Repenser l'émancipation
Sciences Humaines n° 198 de novembre 2008
La revue Sciences Humaines nous propose ce mois-ci une rencontre avec Jacques Rancière. Interrogé par Catherine Halpern, le philosophe nous parle de sa rupture avec le marxisme après 68, de sa recherche dans les archives ouvrières du XIXe siècle, motivée par "le sentiment d'un écart considérable entre la réalité des mouvements ouvriers et l'image classique qu'en donnaient le marxisme et les partis communistes", de son opposition à Bourdieu. Il y redéfinit ce qui lui semble être la fonction du philosophe aujourd'hui ("une activité de déconstruction, de déclassification") et porte un regard critique sur la notion galvaudée de "crise de la démocratie".
05 juin 2008
Politiques de la mésentente
Contretemps n° 22, de mai 2008
Ce numéro de la revue Contretemps revient sur "1968 : un monde en révoltes", "en développant deux axes de réflexion :
- opérer un panorama
international de la contestation en 68, des articles seront ainsi
consacrés à 1968 au Pakistan, à la Turquie, à la Yougoslavie, au
Mexique, au Japon, à l’Italie, au Brésil, aux Etats-Unis et à la
Pologne.
- effectuer un retour critique sur les catégories
communément utilisées pour penser 68 en pointant leurs limites
intellectuelles et en signalant, pour mieux le combattre, ce qui a
permis à un récit tronqué de s’imposer."
Un entretien avec Jacques Rancière, auteur de La Mésentente, précise les implications politiques des événements de Mai : "Il y a en Mai 68 un mélange de deux choses. D'une part, Mai s'inscrit dans l'histoire des années 1960, celle de la mise en place, conflictuelle, de la Ve République, et celle des combats anti-impérialistes. D'autre part, Mai surgit sur le mode de l''imprévisible, comme une remise en question du modèle stratégique de la politique mais aussi, peut-être, du modèle identitaire de la lutte des classes..."
12 mars 2008
Slavoj Žižek : "Il est permis de ne pas jouir"
L'Hebdo du 6 mars 2008, n° 10
Les éditions Flammarion avec Fragile absolu : pourquoi l'héritage chrétien vaut-il d'être défendu ? (2000) et les éditions Fayard avec Parallaxe (2005) début avril, publient de nouvelles traductions qui font l'actualité Žyžek de langue française. L'hebdomadaire suisse L'hebdo s'en fait l'écho, qui publie un entretien de Žižek avec Michel Audetat dont voici un extrait :
"...qu'est devenue la gauche ? Quand j'étais jeune, on parlait de socialisme à visage humain. Aujourd'hui, tout ce que la gauche est capable d'imaginer, c'est le capitalisme à visage humain. Avec plus d'écologie. Un peu plus de respect pour le tiers-monde. Mais on reste devant le même horizon : tout le monde considère qu'on ne peut pas penser au-delà du capitalisme associé à la démocratie libérale. Je ne suis pas un marxiste en quête de révolution. Je suis plutôt un marxiste pessimiste qui observe les contradictions du capitalisme global. Avec l'essor de la Chine, les problèmes écologiques ou la croissance des populations vivant dans des bidonvilles, il ne durera pas éternellement comme société de grande consommation. Nous ne sommes pas devant une alternative entre le capitalisme sous sa forme actuelle et autre chose. Dans quelques décennies, il est clair que ce sera autre chose. Mais quoi ? Il est possible qu'on se dirige vers une nouvelle société d'apartheid avec une démocratie désubstantialisée. S'il reste encore de la démocratie..."